Remise en température HACCP : protocole et règles

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Sommaire

La maîtrise des températures est un pilier fondamental de la sécurité alimentaire en restauration commerciale et collective. Lorsque les plats sont préparés à l’avance, la phase de réchauffage exige une rigueur absolue pour éviter toute prolifération bactérienne. Ce guide complète notre dossier plus large sur la température HACCP, qui couvre l’ensemble des seuils réglementaires en cuisine.

Qu’est-ce que la remise en température selon la méthode HACCP ?

La méthode HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point) a pour objectif d’identifier, d’évaluer et de prévenir les dangers liés à l’hygiène alimentaire dans les établissements. Dans ce cadre, la remise en température haccp s’inscrit spécifiquement dans le processus de la liaison froide.

L’arrêté du 21 décembre 2009 (annexe IV) et l’instruction technique DGAL/SDSSA/2023-756 (qui a remplacé la version 2022-430, consultable sur info.agriculture.gouv.fr) définissent la liaison froide comme la méthode de conservation d’une préparation culinaire par le froid, entre son élaboration et son utilisation. Les préparations culinaires élaborées à l’avance doivent alors être impérativement maintenues à une température maximale de +3 °C lors de leur stockage en chambre froide ou dans les réfrigérateurs. Ce seuil s’ajoute aux autres règles de température frigo applicables selon la nature de la denrée stockée.

Il est crucial de préciser que cette opération concerne exclusivement les denrées préalablement refroidies rapidement, généralement à l’aide d’une cellule de refroidissement. Selon l’instruction technique DGAL/SDSSA/2023-756, ce procédé ne s’applique pas à la décongélation de viandes congelées ni à la cuisson initiale, mais bien au réchauffage d’un produit fini stocké en froid positif.

Pour le protocole applicable aux viandes surgelées, consultez notre guide sur la décongélation de la viande, volaille et poisson. L’enjeu sanitaire est majeur : il s’agit de traverser le plus rapidement possible les plages thermiques dangereuses pour limiter le développement des micro-organismes pathogènes avant de servir le plat.

Les règles de la remise en température des aliments

Le principal danger microbiologique en cuisine réside dans la zone critique comprise entre +4 °C et +63 °C. Cette plage thermique est particulièrement propice à la prolifération bactérienne rapide, certaines bactéries pouvant doubler leur population toutes les 20 minutes. Pour maîtriser vos stocks avant d’entamer cette étape de réchauffage, nous vous invitons à télécharger gratuitement notre modèle de fiche de température réfrigérateur directement sur notre site.

La règle d’or : atteindre 63 °C à cœur en moins d’une heure

L’exigence réglementaire centrale, stipulée par l’instruction technique DGAL/SDSSA/2023-756, impose le passage de +10 °C à plus de +63 °C à cœur en moins d’une heure. Cette montée en température rapide garantit la destruction ou l’inhibition des bactéries pathogènes.

Chaque remise en température haccp doit faire l’objet d’un suivi rigoureux. Le professionnel de la restauration doit obligatoirement apporter la preuve de la maîtrise de ce couple temps-température lors des inspections des services vétérinaires. La méthode de surveillance appliquée reste à son choix : elle peut être définie comme un Point Critique pour la Maîtrise (CCP) ou comme un Programme Prérequis Opérationnel (PRPo) au sein de son plan de maîtrise sanitaire (PMS).

Le maintien au chaud et l’interdiction absolue d’un second réchauffage

Une fois le seuil de sécurité atteint, la réglementation impose le maintien d’une température supérieure ou égale à +63 °C (liaison chaude) jusqu’à la remise au consommateur. Une dérogation à cette règle n’est possible que si une analyse des dangers démontre formellement l’absence de risque à une température inférieure (instruction technique DGAL/SDSSA/2023-756).

Par ailleurs, l’instruction technique DGAL/SDSSA/2023-756 interdit formellement de refroidir puis de réchauffer pour le service du soir un plat préparé et réchauffé le midi. Les préparations culinaires réchauffées doivent être impérativement consommées à la suite de leur première remise en température. Aucun second cycle de refroidissement rapide n’est toléré : les excédents non servis doivent être jetés pour garantir la sécurité des denrées et éviter toute toxi-infection.

Cette interdiction protège en réalité l’intégrité de la chaîne du froid HACCP, qui ne doit jamais être rompue puis reconstituée artificiellement.

Le cas particulier des recettes sensibles ne pouvant atteindre 63 °C

Certaines préparations gastronomiques supportent mal les contraintes thermiques standards. C’est le cas d’une sauce béarnaise, dont l’émulsion se dégrade irrémédiablement si elle atteint 63 °C.

Pour ces recettes sensibles, l’instruction technique DGAL/SDSSA/2023-756 prévoit explicitement la possibilité de déroger aux seuils réglementaires, tant pour le refroidissement que pour le maintien au chaud. Cependant, cette dérogation exige obligatoirement une analyse des dangers écrite et détaillée dans le PMS. Le restaurateur doit y présenter des mesures compensatoires strictes :

  • Un temps d’exposition à risque très court.

  • Un service immédiat après la préparation.

  • Une vigilance renforcée lors du maintien au bain-marie tiède.

Les équipements professionnels recommandés pour la remise en température

Pour respecter l’impératif réglementaire d’une heure maximum, le choix du matériel de cuisine est déterminant. Contrairement à une simple décongélation, la remise en température haccp nécessite une puissance de chauffe immédiate et intense.

Nous recommandons l’utilisation d’équipements professionnels spécifiquement conçus pour assurer une montée en température homogène et rapide. Les fours mixtes et les fours à air pulsé constituent les solutions les plus performantes. Ils permettent une diffusion uniforme de la chaleur sans dessécher les aliments, garantissant ainsi le respect des qualités organoleptiques et sanitaires des produits.

Les bains-marie professionnels sont également adaptés, particulièrement pour les sauces ou les plats liquides, à condition que l’eau soit préalablement chauffée à une température supérieure à 65 °C avant l’immersion des bacs gastronormes. En revanche, nous proscrivons catégoriquement tout maintien prolongé à température tiède sans surveillance active de l’enceinte. L’utilisation de micro-ondes domestiques ou de marmites sur feu doux sans contrôle continu expose le restaurant à un risque majeur de non-conformité lors d’un contrôle.

Contrôle, traçabilité et gestion des relevés de température

La sécurisation de la preuve du couple temps-température est grandement facilitée par les fonctionnalités de relevé automatisé des températures de Tracely, qui digitalisent l’ensemble de vos autocontrôles et alertent en cas de dérive. En parallèle de ces relevés, rappelons l’obligation réglementaire de conserver les plats témoins au moins cinq jours en froid positif, entre 0 et +3 °C, après leur présentation au consommateur (arrêté du 21 décembre 2009, annexe IV, point 5 et instruction technique DGAL/SDSSA/2023-756).

La mesure à cœur avec thermomètre sonde et les actions correctives

La vérification de la conformité ne peut se faire qu’à l’aide d’un contrôle régulier à cœur. Nous préconisons l‘utilisation systématique d’un thermomètre sonde calibré (vérifié régulièrement dans un mélange d’eau et de glace fondante à 0 °C) et désinfecté à l’aide de lingettes bactéricides avant chaque usage.

Si la température mesurée n’atteint pas les 63 °C dans le délai d’une heure, le produit est considéré comme non conforme. Le professionnel doit alors consigner obligatoirement chaque non-conformité relevée dans son registre, ainsi que l’action corrective mise en place. Il peut s’agir d’une prolongation immédiate du cycle de chauffe si le délai d’une heure n’est pas encore écoulé, ou de la destruction pure et simple de la denrée si le temps limite est dépassé.

Le tableau de remise en température et l’intégration au PMS

La traçabilité documentaire est le pilier de votre défense en cas de contrôle officiel. Sur votre fiche d’enregistrement, vous devez impérativement renseigner plusieurs critères précis pour prouver l’application correcte du protocole. Les inspecteurs vérifient systématiquement ces fiches d’enregistrement, car le professionnel doit pouvoir prouver la maîtrise de ces paramètres (instruction technique DGAL/SDSSA/2023-756). Nous conseillons vivement l’application des recommandations du guide de bonnes pratiques d’hygiène (GBPH) sectoriel validé applicable à votre activité. Notre guide sur le relevé de température HACCP détaille plus largement les mentions attendues sur ce type de fiche.

Relevé de remontée en température (liaison chaude)
Date du relevé Nom du produit ou plat Heure de début du cycle Température initiale Heure de fin (délai < 1h) Température à cœur mesurée (≥ 63°C) Visa de l'opérateur Action corrective si non-conformité
19/10/2026 Blanquette de veau 11h30 +3 °C 12h15 +68 °C Chef A. N/A
19/10/2026 Gratin dauphinois 11h45 +2 °C 12h40 +65 °C Chef A. N/A
20/10/2026 Soupe de poissons 18h00 +3 °C 19h10 +58 °C Commis B. Délai > 1h : destruction de la denrée

Conclusion : maîtriser la remise en température pour garantir la sécurité sanitaire

Le respect scrupuleux des règles de réchauffage est non négociable pour protéger la santé de vos clients et la réputation de votre établissement. Les retours d’expérience des restaurateurs utilisant Tracely soulignent à quel point la digitalisation permet de sécuriser leurs enregistrements de remise en température sans alourdir la charge de travail en cuisine.

Fini les classeurs papier tachés, incomplets ou perdus : chaque relevé est horodaté, archivé de manière inviolable et prêt à être présenté en cas d’inspection des autorités sanitaires. Pour simplifier votre gestion documentaire et garantir une conformité totale avec les exigences réglementaires, nous vous invitons à franchir le pas du numérique. 

💬 Foire aux questions sur la remise en température HACCP

La règle fondamentale exige que le produit passe de sa température de stockage réfrigéré à au moins +63 °C à cœur en moins d'une heure (instruction technique DGAL/SDSSA/2023-756).

Non, la réglementation interdit formellement un second cycle de refroidissement et de réchauffage. Toute denrée non consommée après sa première remise en température doit être obligatoirement jetée (instruction technique DGAL/SDSSA/2023-756).

Un maintien prolongé dans la zone de danger (entre +10 °C et +63 °C) accélère de façon exponentielle la multiplication bactérienne, ce qui peut conduire à une charge microbienne dangereuse et provoquer des intoxications, même après la cuisson finale.

Après le réchauffage, le produit doit demeurer à une température minimale de +63 °C jusqu'au service, sauf si une dérogation est justifiée par une analyse des dangers écrite dans le PMS (instruction technique DGAL/SDSSA/2023-756).

Photo de Dorian, auteur chez Tracely HACCP

Écrit par

Dorian G.

Expert HACCP & Cofondateur de Tracely, solution SaaS de digitalisation HACCP

Dorian est cofondateur de Tracely, une application SaaS qui digitalise le Plan de Maîtrise Sanitaire (PMS) et la conformité HACCP pour les professionnels des métiers de bouche. Depuis 6 ans, il conçoit des outils qui automatisent les relevés de température, la traçabilité et la gestion des non-conformités, à partir des besoins concrets des restaurateurs, boulangers et artisans qu'il accompagne au quotidien.

Formateur HACCP 6 ans d'expérience